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    Vibe coding hardware : créer un objet connecté avec l'IA

    Vous décrivez un gadget en une phrase. L'IA choisit les composants, écrit le programme, dessine le câblage et vous guide pas à pas jusqu'à l'objet qui fonctionne sur votre bureau. Après le logiciel, le vibe coding hardware commence à toucher le monde physique. C'est ce que j'ai appelé, dans ma dernière newsletter, l'ère du vibe materializing.

    Du vibe coding au "vibe materializing"

    Le vibe coding consiste à créer un logiciel en décrivant ce que l'on veut en langage naturel, sans écrire le code soi-même. Avec des outils comme Claude Code, un non-développeur peut aujourd'hui construire une application complète (je l'explique dans mon guide Claude Code pour débuter).

    La même logique s'étend maintenant aux objets. Dans ma newsletter du 29 septembre, l'exemple le plus frappant était celui-ci : Opus 5.5, le dernier modèle d'Anthropic, a été utilisé pour reconstituer Microduck en Lego, jusqu'à préparer la commande des pièces sur BrickLink. D'autres passent de l'idée à l'imprimante 3D pour fabriquer des objets qui servent vraiment.

    Une précision d'honnêteté : "vibe materializing" n'est pas un terme établi. C'est une expression que j'utilise pour nommer le phénomène. Dans la presse anglophone, on lit plutôt "vibe coding hardware" ou, chez WIRED, l'idée de "vibe coder des appareils physiques".

    Le test que j'ai envie de faire est simple à formuler : demander à une IA de concevoir un appareil, de commander les pièces et de rédiger le manuel de montage. Pour un non-électronicien, cette chaîne complète devient aujourd'hui envisageable.

    Schematik, le "Cursor du hardware"

    L'outil qui incarne le mieux cette tendance s'appelle Schematik. La startup se présente elle-même comme le "Cursor for Hardware", en référence à l'éditeur de code assisté par IA bien connu des développeurs.

    Le fonctionnement tient en 3 étapes :

    1. Décrire le projet en langage courant, sans fiche technique ni recherche de broches.
    2. Relire ce que l'outil génère : le code source, le schéma de câblage, la liste des composants, l'affectation des broches et les instructions d'assemblage.
    3. Construire : téléverser directement le programme sur la carte (via PlatformIO) ou tout exporter pour le personnaliser.

    Schematik fonctionne avec les trois grandes familles de microcontrôleurs grand public : Arduino, ESP32 et Raspberry Pi Pico. L'outil est disponible dans le navigateur et en application macOS, et revendique plus de 100 000 utilisateurs ainsi qu'une trentaine de modèles de projets prêts à l'emploi.

    Côté entreprise, Schematik a été fondée par Sam Beek, passé auparavant par la startup VEED, et elle est basée à Amsterdam. Elle a levé 4,6 millions de dollars en pré-amorçage en avril 2026, un tour mené par Lightspeed Venture Partners. Plusieurs articles évoquent un intérêt d'Anthropic, mais sa nature exacte n'a pas été rendue publique. Quant aux tarifs, aucune grille n'est affichée publiquement à la date de rédaction de cet article.

    10 idées d'objets à créer sans être électronicien

    Voici dix idées qui circulent dans la communauté des makers, dont certaines figurent parmi les projets partagés sur Schematik. Je les ai regroupées par usage.

    Pour la maison

    • Une plante qui fait la fête : un capteur d'humidité du sol signale qu'elle a soif ; une fois arrosée, un anneau de LED s'illumine en arc-en-ciel avec une petite mélodie.
    • Un moniteur d'air pour la pièce : il mesure le CO₂, la température et l'humidité, puis prévient quand il est temps d'aérer.
    • Un distributeur de croquettes intelligent : il pèse la gamelle avant d'ouvrir la trappe et bloque une nouvelle portion si elle est déjà pleine ou si le délai minimum n'est pas écoulé.
    • Une lampe pilotée d'un geste : un mouvement latéral change la couleur, un mouvement vertical règle l'intensité, et les réglages sont conservés au redémarrage.

    Pour le bureau

    • Une imprimante de briefing matinal : à l'allumage, elle imprime sur un ticket la météo du jour, les rendez-vous éventuels et quelques lignes vides pour les tâches à la main.
    • Un afficheur météo qui dit quoi porter : connecté en Wi-Fi, il recommande veste, parapluie, lunettes de soleil ou écharpe, avec une mise à jour toutes les 10 minutes.
    • Un petit compagnon de bureau : on tapote son visage pour changer d'expression, on l'incline pour bouger ses yeux, on fait défiler l'heure, la météo ou un cours de bourse.

    Pour le plaisir

    • Un radar de vols en direct : un petit écran rond affiche les avions proches et leurs indicatifs, rafraîchis toutes les 5 secondes.
    • Un jeu d'échecs tactile : l'écran et le processeur tiennent sur une seule carte, avec un petit moteur d'échecs embarqué.
    • Une barrette à cheveux numérique : un minuscule écran portable affiche des messages personnalisés, que l'on fait défiler d'un bouton.

    Point commun de ces projets : ils restent en basse tension, alimentés en USB ou par petite batterie, avec des composants bon marché. Une carte Raspberry Pi Pico est par exemple vendue à partir de 4 dollars.

    Les autres outils de l'IA appliquée au hardware

    Schematik n'est pas seul. Le mouvement couvre en réalité plusieurs étages de la fabrication d'un objet.

    Le code embarqué. Arduino a intégré dès 2025 un assistant IA basé sur Claude dans son Cloud Editor, pour générer, expliquer et corriger les programmes. Pour tester sans risquer de griller un composant, Wokwi simule des cartes ESP32 directement dans le navigateur. Le projet open source Resident fait, lui, tourner le code écrit par l'IA dans un "bac à sable" sur l'ESP32.

    Les circuits imprimés (PCB). Flux a lancé dès 2023 un copilote IA intégré à son outil de conception de cartes électroniques. L'ingénieur Chris Greening a aussi conçu une carte ESP32-S3 avec Claude et l'outil Atopile : résultat jugé "étonnamment bon", mais avec des oublis de câblage et des valeurs de composants à corriger à la main.

    La conception mécanique (CAO). Zoo propose un logiciel de CAO où l'on conçoit à la souris, par le code ou par l'IA. Surtout, des serveurs MCP connectent désormais les assistants IA aux logiciels de CAO : OpenSCAD (avec export pour l'impression 3D), mais aussi FreeCAD, Fusion 360, SolidWorks ou Onshape.

    C'est d'ailleurs la voie que je privilégie pour tout ce qui est schéma technique : faire générer l'objet par du code (SVG, Python, OpenSCAD) ou connecter l'IA à un vrai logiciel de CAO via MCP, plutôt que de demander une image. Un code se relit, se corrige et se mesure ; une image générée, beaucoup moins.

    Ce que cela change pour une PME

    Une PME ne va pas lancer une gamme de produits électroniques grâce à un prompt. Mais trois usages sont réalistes.

    Le prototypage rapide. Une équipe produit ou un bureau d'études peut matérialiser une idée en quelques heures pour la montrer à un client ou à la direction, au lieu d'attendre un devis de prototype. Le prototype ne remplace pas l'ingénieur ; il rend la discussion concrète.

    Les petits objets connectés internes. Un capteur de CO₂ dans une salle de réunion, un afficheur de file d'attente, un bouton qui déclenche une alerte dans Teams, un compteur de passages : ce sont des besoins modestes que l'on n'osait pas confier à un prestataire. C'est la même logique que le Software On Demand côté logiciel : quand fabriquer un outil sur mesure devient peu coûteux, on arrête de se contenter d'une solution générique ou de ne rien faire.

    La formation et l'acculturation. Construire un objet qui fonctionne est un exercice remarquable pour comprendre ce qu'est une IA qui agit : il faut formuler un besoin clair, vérifier le résultat, corriger. C'est exactement la posture que je décrivais dans ma newsletter comme la "promotion forcée" : l'IA fait de chacun un manager qui délègue, fixe des objectifs et contrôle le travail. Chez MAIjin, après plus de 4 500 professionnels formés, c'est ce que j'observe en formation : implémenter l'IA demande de prendre de la hauteur et de penser en manager qui délègue.

    Et il y a cette question que je posais dans la même newsletter : que puis-je faire maintenant qui était impossible auparavant ? Pour beaucoup de collaborateurs, "fabriquer un objet" entre désormais dans la réponse.

    Les limites à garder en tête

    L'enthousiasme ne doit pas masquer de vraies limites.

    La sécurité électrique. Une erreur de logiciel fait planter une application ; une erreur de câblage peut faire chauffer un composant, endommager une batterie ou provoquer un départ de feu. Même les observateurs les plus enthousiastes le rappellent. Règle simple : rester en basse tension (USB, petites piles) et confier à un électricien qualifié tout ce qui touche au 230 V.

    La fiabilité. Un prototype qui fonctionne sur un bureau n'est pas un produit. L'IA se trompe encore sur des valeurs de résistances ou des connexions, comme l'a montré l'expérience de Chris Greening. Un objet destiné à être vendu ou installé chez des clients doit en outre respecter des normes de conformité (marquage CE en Europe, compatibilité électromagnétique), ce qui reste un travail d'ingénieur.

    La sécurité informatique. Un objet connecté en Wi-Fi est une porte d'entrée sur le réseau. Avant d'en brancher un sur le réseau de l'entreprise, il faut l'isoler et faire valider le code par quelqu'un qui sait le lire.

    Le coût réel. La carte coûte quelques dollars, mais capteurs, écrans, boîtiers et outils s'additionnent, sans compter les composants grillés en chemin. Et le temps de montage reste du temps humain.

    Ce qu'il faut retenir

    • •Le vibe coding hardware consiste à décrire un objet en langage naturel et à laisser l'IA proposer les composants, le code et le câblage.
    • •Schematik, startup d'Amsterdam qui a levé 4,6 millions de dollars, est l'outil le plus emblématique : il cible Arduino, ESP32 et Raspberry Pi Pico.
    • •L'écosystème couvre aussi le code embarqué (Arduino, Wokwi), les circuits imprimés (Flux) et la CAO (Zoo, serveurs MCP pour OpenSCAD ou FreeCAD).
    • •Pour une PME, les usages réalistes sont le prototypage rapide, les petits objets connectés internes et la formation.
    • •Les limites sont réelles : sécurité électrique, fiabilité, cybersécurité et normes de conformité restent l'affaire de professionnels.

    Questions fréquentes

    C'est l'application du vibe coding aux objets physiques : on décrit un appareil en langage courant, et un outil d'IA propose les composants, écrit le programme et guide l'assemblage. Le terme "vibe materializing" est parfois utilisé, mais il ne s'agit pas d'une expression établie.

    Pas forcément. De nombreux projets utilisent des cartes et des modules qui se branchent avec des câbles de prototypage, sans soudure. Il faut en revanche suivre rigoureusement le schéma de câblage proposé et le vérifier avant de mettre sous tension.

    Une carte de type Raspberry Pi Pico se trouve à partir de 4 dollars, mais le budget total dépend des capteurs, écrans et accessoires. Schematik ne publie pas de grille tarifaire à ce jour.

    Pour un usage interne et en basse tension, oui, avec une validation du code et un réseau isolé. Pour un produit vendu à des clients, il faut passer par un ingénieur et les procédures de conformité habituelles.

    À propos de l'auteur

    Jean-Baptiste Berthoux est co-fondateur et Chief AI Officer de MAIjin. Depuis 2023, il a accompagné plus de 150 organisations et formé plus de 4 500 professionnels à l'IA générative en Suisse romande. En savoir plus

    Chaque semaine, je décrypte dans L'hebdo de MAIjin les nouveautés de l'IA qui comptent vraiment pour les professionnels, avec mes tests et mes réflexions de terrain.

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